Pas de cabine, pas de pare-brise, pas de place pour un conducteur. Le Forefront Concept dévoilé ce 3 novembre par Renault Group et le groupe belge John Cockerill ressemble à une voiture à qui l’on aurait retiré tout ce qui sert à l’humain. C’est un drone terrestre : une plateforme à quatre roues, électrique et pilotée à distance, pensée pour aller là où l’on ne veut plus envoyer personne.

Un design dicté par la fonction
Silhouette basse, flancs plats, gros pneus tout-terrain et un plateau de chargement sur le dessus : tout le dessin du Forefront Concept découle de sa mission. Sans passager à protéger ni habitacle à loger, le véhicule se résume à un châssis porteur, capable d’embarquer jusqu’à une tonne de charge utile.
Côté technique, il aligne quatre roues motrices, quatre roues directrices et deux moteurs électriques. Résultat : une maniabilité de crabe, capable de pivoter dans un espace réduit et de franchir des terrains difficiles. Électrique, il est aussi silencieux, un atout de taille sur le terrain. Son rayon d’action est d’environ 400 kilomètres, extensible grâce à un prolongateur d’autonomie.
L’industrie automobile au service du robot
C’est là que réside l’innovation la plus intéressante. Plutôt que de concevoir un engin militaire sur mesure, forcément cher et long à produire, Renault Group a appliqué ses méthodes de constructeur grand public. La plateforme réutilise des composants automobiles éprouvés et repose sur deux principes bien connus de l’industrie : le « design to cost », qui fixe le coût dès la planche à dessin, et le « design to manufacturing », qui pense la production en grande série dès la conception.
Le groupe y ajoute plus de quinze ans d’expérience dans l’électrification, sur les moteurs comme sur les batteries. L’objectif affiché : un véhicule rapidement industrialisable et à coûts maîtrisés, là où les drones terrestres restent souvent des prototypes hors de prix.

John Cockerill pour le pilotage et l’autonomie
À John Cockerill, spécialiste belge des véhicules blindés et des systèmes de défense, revient tout ce qui touche au pilotage. Le groupe a conçu la téléopération et les fonctions d’autonomie, avec des briques modulaires qui permettront, à terme, au véhicule d’évoluer en totale autonomie, sans opérateur. Il apporte aussi son savoir-faire en militarisation, en intégration de systèmes de mission et en robustesse face aux contraintes du terrain.
Du champ de bataille au chantier
Les usages imaginés sont larges. Côté militaire : soutien logistique, reconnaissance, lutte anti-drone, appui feu ou évacuation de blessés. Côté civil : sécurité civile, logistique ou interventions dans des sites industriels dangereux. Dans tous les cas, l’idée est la même : réduire l’exposition humaine dans les zones à haut risque ou difficiles d’accès.

Développé avec la contribution des forces armées françaises, le concept va participer à plusieurs exercices et tests dans les prochaines semaines. Les retours du terrain serviront à l’affiner.

Forefront Concept illustre la contribution que le savoir-faire industriel et technologique de Renault Group peut apporter à un secteur stratégique comme celui des drones terrestres.
François Provost, directeur général de Renault Group
Pour Renault, le projet dit aussi autre chose : la capacité d’un constructeur automobile à transposer sa maîtrise de la grande série et de l’électrique vers de nouveaux territoires. Le design automobile, ici, ne sert plus à séduire un conducteur, mais à fabriquer vite, bien et pas cher une machine qui roulera sans lui.
Sources : Renault Group, John Cockerill








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