Noir, bleu, camouflage, broderies, patchs au dos : sur les tatamis de jiu-jitsu brésilien, le kimono ne se contente plus d’être une tenue d’entraînement. Il est devenu un objet de style, que l’on collectionne, que l’on attend comme une sortie de sneakers et que l’on choisit pour ce qu’il raconte. Retour sur un vêtement qui a quitté le dojo pour entrer dans la culture.
Du Japon à Rio, la naissance d’un art
L’histoire commence avec un judoka japonais. Mitsuyo Maeda, élève de Jigoro Kano, le fondateur du judo, parcourt le monde au début du XXe siècle pour faire connaître son art, et enchaîne les combats contre des lutteurs et des boxeurs. Il arrive au Brésil en 1914 et s’installe à Belém, dans le nord du pays.

Parmi ses élèves, un adolescent, Carlos Gracie. Avec ses frères, il ouvre en 1925 une académie à Rio de Janeiro. Le plus jeune, Hélio, plus léger que les autres, adapte les techniques pour qu’elles fonctionnent sans la force : leviers, placement, travail au sol. Le jiu-jitsu brésilien est né. Pour prouver son efficacité, la famille lance le « Gracie Challenge » et affronte des adversaires de tous les styles.

Le reste du monde le découvre en 1993. Au premier UFC, à Denver, Royce Gracie, fils d’Hélio, gagne le tournoi face à des adversaires bien plus lourds, en kimono. Le choc est immense. L’année suivante naît l’IBJJF, la fédération internationale qui organise aujourd’hui les grands championnats.
Le kimono, une arme à part entière
En JJB, le kimono n’est pas qu’un vêtement : c’est un outil. On saisit les manches, le col, le pantalon. On étrangle avec le revers. Une bonne partie des techniques n’existe que grâce au tissu. D’où l’importance de sa coupe, de son épaisseur et de sa solidité : un kimono trop large donne des prises à l’adversaire, un kimono trop fin se déchire.

Judo et JJB, même héritage, deux coupes
Les deux tenues ont la même origine, le keikogi japonais, mais elles ont pris des chemins différents. Le judogi est plus épais, plus ample, avec des manches plus longues et une veste qui descend plus bas : il est fait pour les projections debout. Le kimono de JJB est plus ajusté, avec des manches et des jambes plus serrées et une veste plus courte, pour laisser moins de prises au sol.

La couleur fait aussi la différence. En judo, la Fédération internationale n’autorise que le blanc et le bleu. En compétition IBJJF, le choix se limite au blanc, au bleu royal et au noir, avec une veste, un pantalon et un col de la même couleur. Mais le JJB laisse une liberté que le judo n’a pas : les patchs. Le règlement prévoit treize zones où l’on peut coudre les logos de son académie ou de ses sponsors. Et à l’entraînement, beaucoup de clubs acceptent toutes les couleurs.
Du coton brut au tissu technique
Les premiers kimonos de JJB étaient de simples judogis retaillés. Puis les marques ont travaillé la matière. Le « single weave », léger, convient aux entraînements par temps chaud. Le « pearl weave », avec sa texture en petites perles, est devenu la référence : solide et pas trop lourd. Le « gold weave » se place entre les deux, et le « double weave », très épais, résiste à tout mais chauffe beaucoup. Pour les pantalons, beaucoup ont adopté le ripstop, un tissu anti-déchirure léger, venu de l’équipement outdoor.
Quand le kimono devient un objet de mode
Le tournant se joue aux États-Unis. En 2006, Vince « Bear » Quitugua lance Shoyoroll depuis son garage à Guam, avant de s’installer en Californie. Sa recette : des séries limitées, des « drops » annoncés à l’avance, des designs travaillés et des collabs avec des marques de street culture comme RVCA, Vans ou Undefeated. Les kimonos partent en quelques minutes et se revendent plus cher sur le marché de l’occasion. Le kimono adopte les codes des sneakers.
Le mouvement a fait école. Aujourd’hui, les marques se multiplient, jusqu’en France, et chacune soigne son identité : broderies sur le col, doublures imprimées, étiquettes tissées, coloris en édition limitée. Le pratiquant, lui, ne choisit plus seulement un équipement. Il choisit une marque qui lui ressemble.

Artiste Martial, le kimono version parisienne
Parmi ces marques françaises, Artiste Martial a une histoire à part. Créée à Paris en 2018, elle part d’une idée simple : traiter le kimono de JJB avec exigence, loin des clichés du milieu. Son fondateur le résume sur le blog de la marque : sortir des « monstres » et des « typographies agressives » pour proposer quelque chose de « sobre, bien coupé et beau ». Le slogan donne le ton : « Train hard. Dress sharp. »

Le succès est immédiat. Le premier modèle, L’Empereur, part en moins d’une heure. Suivent d’autres séries, comme la collection « Grapple camo » ou le modèle Legacy, vendu en précommande. Puis, fin 2025, la marque fait une pause. Sept ans après ses débuts, elle refuse de sortir un nouveau kimono tous les trois mois juste pour exister sur les réseaux.
Le retour est annoncé en octobre 2026 avec le « Chapitre II ». Coupe retravaillée avec l’atelier, nouvelles textures, et toujours le même principe : un drop, une histoire, un concept. Un espace dédié à la communauté, le Club AM, a ouvert le 22 octobre. Et le premier kimono de ce nouveau chapitre sort le 4 décembre.
Pourquoi les pratiquants craquent
Le JJB est un sport où l’on passe des heures au contact des autres, toujours dans la même tenue. Le kimono devient vite une seconde peau, et un moyen de s’exprimer dans un cadre très codifié. Les ceintures disent le niveau, le kimono dit le reste : son club, ses goûts, son histoire.
Il y a aussi le plaisir de la collection. Comme pour les sneakers, on attend les sorties, on guette les séries limitées, on garde ses kimonos préférés pour les grands jours. Et quand le tissu a la bonne coupe, la bonne matière et un design soigné, l’envie d’aller s’entraîner n’en est que plus forte.
Sources : IBJJF · Wikipedia · Artiste Martial · Wikipedia (Shoyoroll)








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